Voie normale du Mont Blanc
La voie normale du Mont Blanc (image de camptocamp.org)
C'est un peu la précipitation mardi matin. Nous devons être prêts pour partir en minibus à 7h15 précise en direction du Fayet. Depuis lundi matin au réveil j'ai très mal dans le bas du dos. Ca va à peu prêt pour me tenir debout et marcher, mais je souffre lorsqu'il s'agit de m'allonger, de m'assoir, de me pencher, de me tourner... Si ça m'empêchait de faire l'ascension ? Je préfère prévenir Bernard avant de partir, bien qu'ayant peur qu'il me demande de rester au centre. Il me dit finalement de tenter de monter au refuge et de voir sur place... Les sacs sont plus que pleins : deux pique-niques, de l'eau pour deux jours, tout le matériel plus les cordes, tous les vêtements nécessaires pour affronter le froid, la lampe frontale, quelques affaires de rechanges, sans oublier l'appareil photo ! Le temps est couvert, mais les nuages ont l'air bas. Avec un peu de chance, nous passerons au-dessus. A 8h00 nous montons dans le Tramway du Mont Blanc qui nous fait gravir nos 1500 premiers mètres sans trop de difficulté, jusqu'au Col du Mont Lachat, à 2074 mètres d'altitude, et au-dessus de la mer de nuages. Malheureusement, le dernier tronçon jusqu'au Nid d'Aigle est fermé pour travaux. Nous commençons donc l'ascension à 9h00 en suivant la voie ferrée et l'effort nous fait vite enlever les dernières couches de vêtements pour nous retrouver en t-shirts au Nid d'Aigle (2362 mètres).

A partir de là, le chemin n'est plus que roches et névés. Nous poursuivons la montée jusqu'à la cabane des Rognes (qui marque la jonction avec le sentier des Rognes, utilisé lorsque le TMB n'existait pas). Suivant les conseils de Christophe, certains cachent sous des rochers une paire de tennis qu'ils retrouveront à la descente pour éviter de terminer avec les grosses chaussures. La pente se raidit ensuite très nettement et nous devons faire attention sur la neige et la glace pour ne pas glisser et nous faire emporter par nos sac-à-dos. Derrière la crête, nous apercevons l'antenne du refuge de Tête Rousse. Et tout là haut, au sommet de l'Aiguille du Goûter, se trouve le refuge du même nom où nous devons passer la nuit. Ou tout du moins la soirée. Je ne vois pas comment nous allons pouvoir monter jusque là ? Tout droit nous indiquent nos guides !

Col du Mont Lachat 2077m
Aiguilles du Gouter et de Bionnassay
Montée au refuge de Tête Rousse 3167m
Montée au refuge de Tête Rousse 3167m
Montée au refuge de Tête Rousse 3167m


Entre les deux refuges, le fameux couloir du Goûter, réputé pour ses chutes de pierres. Sa traversée ne dure qu'une minute mais là, on ne rigole pas. Bernard et Christophe nous ont déjà expliqué que chacun des guides se placera à une extrémité du couloir. Tout le monde se taira, observera et écoutera la montagne. Au signal des guides, une cordée traversera, rapidement, mais sans précipitation. Ce ne sera pas le moment de prendre des photos, de resserrer ses crampons ou de trébucher. Et si le guide crie "Courrez!", il ne faudra pas se le faire répéter une deuxième fois. Même une petite pierre, lorsqu'elle dégringole de si haut, peut faire des dégâts. Le casque ici ne sert pas à grand chose... Une fois, alors qu'il était avec un client et s'apprêtait à entamer la traversée du couloir, après avoir pris soin de vérifier que tout était calme, à peine avait-il fait un pas qu'une pierre de la taille d'une assiette était passée à 1 cm du visage de Bernard. Il avait alors fait un pas en arrière et dit à son client qu'ils attendraient un instant. Nous n'y sommes pas encore, une étape après l'autre, la prochaine pour nous est Tête Rousse. C'est alors que nous entendons un hélicoptère et voyons celui-ci se placer en vol stationnaire vers le secteur du couloir du Goûter, hélitreuiller quelqu'un et repartir vers la vallée... ambiance...

Nous arrivons finalement au refuge de Tête Rousse à 3167 mètres et pique-niquons à côté de l'aire de bivouac. Bernard qui a oublié ses crampons à la descente du train en profite pour s'en faire prêter une paire au refuge. Heureusement que les stagiaires eux n'ont rien oublié. A l'origine, les places au refuge du Goûter n'étant pas garanties, c'est à Tête Rousse que nous aurions dû dormir, ou camper. Mais vu la montée qui nous attend pour atteindre le refuge du Goûter, nous sommes contents de ne pas avoir à la faire de nuit le matin de l'ascension. Lorsque nous repartons, les sacs sont plus légers d'un pique-nique et surtout délestés de tout le matériel. Il faut en effet s'équiper complètement pour gravir l'Aiguille du Goûter. Comme lors des journées de préparation, Bernard est encordé avec Dimitri et Laurent. Franck et moi composons la seconde cordée, Cédric et Sophie la troisième. Christophe et Marie ferment la marche.

L'arête pour monter l'Aiguille du Gouter
Ascension du l'Aiguille du Gouter

Très vite nous arrivons au couloir du Goûter. La roulette russe. La première cordée passe. Bernard nous fait signe et nous y allons avec Franck, rapidement mais en faisant bien attention de ne pas tomber. Puis c'est au tour de Cédric et Sophie et enfin de Christophe et Marie. Tout le monde est passé. Mais le plus dur reste à faire. L'ascension de l'Aiguille du Goûter est très raide. C'est parfois de l'escalade, au milieu de roches instables qui menacent de nous tomber dessus lorsque ce n'est pas nous qui risquons de les faire tomber sur les cordées situées plus bas. Un câble nous permet parfois de nous tenir. J'ai soif mais sans la possibilité de sortir la gourde de mon sac, je mange de la neige. Je sais que ce n'est pas recommandé, mais ça fait du bien (note pour plus tard : acheter un camel bag). L'ascension n'en finit pas. Nous sommes maintenant dans les nuages et il nous est impossible de voir ce qu'il nous reste à gravir. Mais nous croisons des cordées qui reviennent du sommet du Mont Blanc, ça nous motive. Nous arrivons finalement au refuge vers 15h30, épuisés par ces 700 mètres de dénivelés presque verticaux.

Il s'agit de l'ancien refuge du Goûter (à 3835 mètres). Les travaux du nouveau refuge qui devait ouvrir cet été ne sont pas terminés et son ouverture a été reportée à l'année prochaine. On était prévenu, le refuge du Goûter ne serait pas le top du top des refuges. Tout est humide, c'est l'usine, etc. A force de nous attendre au pire, nous l'avons au final trouvé correct pour un refuge. Le temps de faire une sieste, nous nous retrouvons dans la salle commune. Dehors tout est bouché et il neige. Nous en profitons pour acheter de l'eau (à 5€ la bouteille de 1,5L, c'est moins cher que ce à quoi nous nous attendions !). Pas beaucoup de Français ni de jeunes à part nous. Quelques personnes du groupes ont mal à la tête avec l'altitude et espèrent que ça ira mieux demain. On s'informe sur la météo : vent faible à modéré, ça pourrait le faire. Le dîner est servi à 18h00 : fromage, soupe, viande en sauce avec du riz, flan. Direction ensuite le dortoir pour tenter de dormir, ou tout du moins se reposer quelques heures. Le petit déjeuner est prévu à 3 heures du matin, pour un départ vers 3h30/3h45. Dès que je m'allonge le mal de dos se refait sentir et je grimace au moindre mouvement.

L'arête pour monter l'Aiguille du Gouter
Ascension du l'Aiguille du Gouter
Ascension du l'Aiguille du Gouter
Ascension du l'Aiguille du Gouter
Ascension du l'Aiguille du Gouter
Ascension du l'Aiguille du Gouter


Ca n'a pas changé au moment de se lever mais ça ira mieux une fois debout. Nous avalons le petit déjeuner comme nous le pouvons puis nous nous préparons pour l'ascension, dans une ambiance générale des plus stressantes. Au milieu de toute l'agitation, j'entends quelques faibles notes de musique, Emiliana Torrini, l'album "Me and Armini". Ce doit être les gardiens du refuge qui passent ça. C'est un bon présage. Cela me motive et me déstresse. J'attache mes crampons calmement en écoutant "Birds", tout en réalisant que c'est le jour J et sort du refuge bien décidé à monter tout en haut du Mont Blanc !

Nous conservons les cordées de la veille, et à la lueur des frontales nous rejoignons l'arrête en direction du Dôme du Goûter (4304 mètres). Il est 3h50. Plus haut, nous voyons les lumières des cordées qui nous précèdent zigzaguer dans la montagne. Quel spectacle ! Arrivés sur l'arrête qui domine le refuge, nous sommes exposés au vent. Nous avançons lentement, telles des colonnes de zombis. Avec le manque d'oxygène chaque pas est difficile. Derrière, nous apercevons les lumières des villes dans la vallée. Un peu avant le dôme, nous faisons une première pause. Juste le temps de boire un coup, manger un peu et d'enfiler une dernière couche de vêtement. Je commence à avoir froid aux orteils et à les remuer constamment pour ne pas qu'ils gèlent. Nous redescendons ensuite légèrement avant d'entamer une raide montée vers l'abri Vallot. En plus des pieds, j'ai maintenant froid aux mains.

Deuxième pause à l'abri Vallot (4362 mètres). Nous sommes à peu près à la moitié. Certains sont plus mals que d'autres, mais tout le groupe est encore là. Eau, sucre, c'est reparti pour l'ascension des deux bosses. En rejoignant l'arrête, je me retrouve de nouveau exposé au vent et au froid. Les doigts vont mieux mais j'ai toujours les orteils gelés, ce qui me rappelle que je ne les remue plus. Je dois me concentrer et penser à bouger les orteils avant de ne plus les sentir du tout. Et marcher, jusqu'au prochain sommet qui en découvrira un autre toujours plus haut et plus éloigné. Et s'assurer que la corde reste tendue, on se sait jamais... Maintenant que les premières lueurs de l'aube commencent à poindre à l'Est, on y voit suffisamment clair pour éteindre les frontales. Le sommet est encore loin.

Troisième et dernière pause entre les deux bosses. Il fait suffisamment jour pour prendre des photos, et le paysage est déjà magnifique. Mais je préfère avancer et garder mes mains dans les gants. Le soleil est levé, juste derrière le sommet du Mont Blanc, et selon l'orientation de l'arrête, je l'ai pile en face. Pourquoi n'ai-je pas sorti mes lunettes lors de la dernière pause ? Mais je n'ai plus froid et la vue du sommet si proche rend les pas un peu plus légers.

Au sommet !

Et puis après un dernier pas presque comme les autres, nous nous retrouvons au sommet, en haut du Mont Blanc, sur le toit des Alpes à 4810 mètres d'altitude ! Ca y est, j'y suis ! Je pose le sac. Je sors mes lunettes car la lumière est aveuglante. Je bois. Je mange. Et je profite enfin du moment. Il est 8h10, il n'y a pas un nuage au-dessus de nous, et le vent s'est arrêté. Que rêver de mieux ? Premier constat, le Mont Blanc n'est pas vraiment un dôme. C'est plutôt une longue arrête de 3 mètres de large, mais avec des pentes relativement douces sur les côtés. Tout autour nous voyons des sommets émerger des nuages. Mais pas un ne nous dépasse ! Christophe et Marie ont fini par arriver, tout le groupe est là à prendre des photos et à téléphoner. Je suis encore plus heureux d'être en haut en sachant que tout le groupe y est arrivé. Ca n'aurait pas été pareil sans tout le monde. On en profite pour faire une photo du groupe. Une fois imprimée, Bernard pourra y inscrire "66ème Mont Blanc". Pour nous c'est la première et j'aurais bien aimé en profiter un peu plus. Mais un quart d'heure après être arrivés, il nous faut déjà entamer la descente. Nous avons en effet 3000 mètres de dénivelé à descendre pour arriver au Col du Mont Lachat avant le dernier train.

Le retour dans la neige jusqu'au refuge se fait bien. Nous profitons du jour pour découvrir ce que nous n'avons pas vu à l'aller, notamment le nouveau refuge du Goûter près duquel nous étions passés sans nous en apercevoir. Après une courte pause au refuge, nous nous lançons dans la descente de l'Aiguille. Avec la neige tombée hier soir, c'est encore plus glissant qu'à la montée et la fatigue pourrait nous faire faire une erreur fatale. C'est d'ailleurs arrivé à Marie qui aurait chuté dans le vide si Christophe ne l'avait pas retenu avec la corde. La descente est encore plus pénible et épuisante qu'à l'aller. On n'en voit jamais la fin. Quelques minutes avant de traverser le couloir du Goûter, nous voyons, peu rassurés, plusieurs grosses pierres le dévaler à toute vitesse. Nous le traversons finalement sans encombre. Ca, c'est fait. A Tête Rousse, nous avons à peine le temps de pique-niquer. Bernard et Christophe nous pressent pour arriver à temps pour le dernier train, qui part à 16h50.

Nous rangeons le matériel d'alpinisme dans les sacs et repartons, toujours dans la roche et la neige. Sur la neige, j'avance tout doucement pour éviter de glisser. Pas question de tomber ici non plus. Et avec les sacs à nouveau chargés, on est vite déséquilibrés. Je n'ai plus de pieds, ni de genoux. Mais j'avance. Nous arrivons à la cabane des Rognes où ceux qui ont laissé des tennis les récupèrent. Je continue pour prendre de l'avance, croise des bouquetins, et arrive au Nid d'Aigle. Finalement nous avons de la marge. Pas suffisamment pour attraper l'avant-dernier train, mais nous pourrons nous reposer une heure au Mont Lachat avant de monter dans le dernier. Il reste la dernière partie, dans les pierres de la voie ferrée. Nous marchons comme nous le pouvons et finissons par arriver enfin à destination. Enfin presque, il nous reste encore plus de deux heures de train et de minibus avant de pouvoir prendre une douche et un vrai repas, mais il n'y a plus à marcher. C'est gagné !

Ascension du Mont Blanc
Ascension du Mont Blanc
Au sommet du Mont Blanc 4810m
Au sommet du Mont Blanc 4810m
L'Arête des Bosses
Descente du Mont Blanc
Descente du Mont Blanc
Descente du Mont Blanc
Le nouveau refuge du Goûter


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