Sur la crête
A ski sur les cimes de la Vanoise

Cette année, pour le week-end prolongé de Pâques, j'ai testé le ski de randonnée. On m'en avait parlé lorsque j'étais allé au Mont Rose, et une activité qui mélange le ski, la randonnée et l'alpinisme ne pouvait que me plaire. Je suis donc parti à Pralognan-en-Vanoise, en Savoie, pour un break rando avec l'UCPA.

Découverte du ski de rando

Après une nuit plutôt difficile sur le siège non inclinable d'un TGV, et une heure dans un car presque vide, j'arrive à Pralognan, dans les nuages et sous la neige. On a beau être bien avancé dans la saison, cette année l'hiver est particulièrement rude et ce n'est pas la neige qui manque en ce 30 mars. J'aurais bien aimé un peu de Soleil, mais je vais devoir me contenter d'imaginer le paysage. Pralognan est un village de montagne, à 1400 mètres d'altitude, à proximité du parc national de la Vanoise. C'est également une petite station de ski alpin, entourée de grandes stations comme La Plagne et Les 3 Vallées. Le stage commence descentes faciles sur les pistes, histoire de se remettre dans le bain. La moitié du groupe est originaire des Alpes, et je suis le seul à n'avoir pas skié cette année. Premier constat, les skis de randonnée semblent un peu plus légers que des skis classiques. Ils ont l'air également d'avoir un peu moins de carres. Mais globalement, pas de gros changement lorsqu'on skie sur piste. On enchaîne ensuite avec du hors-piste et Bernard, notre guide, nous montre les 4 techniques censées permettre de se débrouiller dans toutes les situations :

  • le chasse-neige, pour tourner sans se retrouver au fond d'un ravin
  • les conversions, pour faire demi-tour
  • la traversée, pour avancer à flanc de montagne
  • le dérapage, lorsque la pente ne permet pas de skier autrement

On poursuit avec la montée. Les skis de randonnées sont équipés de deux positions : une pour la descente, où le pied est complètement fixé au ski, et une pour la marche, où seul l'avant du pied est fixé au ski. On peut donc lever le talon pour "marcher". Trois niveaux de cales permettent de reposer le talon plus ou moins haut par rapport au ski en fonction de l'inclinaison de la pente. Enfin, pour ne pas que les skis glissent en arrière, on leur fixe des "peaux de phoque" (qui sont bien sûr aujourd'hui artificielles). Il n'y a alors plus qu'à marcher pour remonter, y compris des fortes pentes. Et lorsque la pente est vraiment trop raide, on monte en lacets, à l'aide de quelques conversions.

Le principal danger en hors-piste sont bien sûr les avalanches. Neuf fois sur dix, elles sont déclenchées par les skieurs eux-mêmes, et une fois pris dans l'une d'entre elles, il n'y a plus qu'à espérer que les secours nous retrouve rapidement. L'espérance de vie sous une avalanche n'est en effet que de dix minutes, avant de mourir asphyxié. Actuellement, le risque d'avalanche est marqué, avec une note de 3 sur 5. S'il avait été de 4, nous ne serions pas sortis... Nous disposons tous d'un D.V.A. (Détecteur de Victimes d'Avalanche, plus connu sous la marque A.R.V.A., Appareil de Recherche de Victimes d'Avalanche) analogique ou numérique. Cet appareil que nous portons en permanence envoie un signal qui peut être capté par un autre D.V.A. lorsqu'il est positionné en mode "recherche". Nous disposons également de sondes pour repérer avec précision une personne ensevelie sous la neige, et de pelles.

Montée au refuge du Roc de la Pêche

Les choses sérieuses commencent le lendemain matin, nous partons alors pour deux jours de rando. Celle-ci commence à la sortie du centre UCPA. Après avoir vérifié que nos DVA étaient fonctionnels, nous remontons, toujours sous la neige, la vallée de Pralognan qui se trouve être une des vallées les plus encaissées des Alpes. Désormais à l'intérieur du parc national de la Vanoise, nous traversons une forêt puis arrivons au niveau des alpages, où nous pouvons déjà observer un couple d'aigles et des bouquetins. Avec la neige qui recouvre encore toute la vallée, il n'est pas facile pour ces derniers de trouver de quoi se nourrir. Un peu plus loin, nous arrivons au début d'une zone traversée par de nombreux couloirs d'avalanches. On peut d'ailleurs voir les traces de coulées précédentes. Pour éviter de nous faire tous emporter au cas où une avalanche se déclencherait, nous gardons des distances de sécurité entre nous. Le temps étant toujours mauvais à l'heure du déjeuner, nous poursuivons jusqu'au refuge du Roc de la Pêche, à 1900 mètres d'altitude, et pique-niquons à l'intérieur.

Après un jour et demi de mauvais temps, le Soleil commence enfin à poindre l'après-midi, et nous découvrons alors les sommets qui nous entourent. Nous nous rendons compte également que le refuge est situé au milieu d'un couloir d'avalanche ! Mais il a été construit et orienté de telle façon que les avalanches passent par-dessus, sans emporter le toit. En parlant d'avalanche, c'est l'heure pour nous de faire un exercice de recherche. Bernard a enfoui son DVA dans une boîte quelque part à proximité du refuge, nous avons moins de 10 minutes pour le repérer et le sortir. Nos DVA nous permettent de tous converger rapidement vers un même endroit. Nous sortons les pelles et commençons à creuser, mais la zone est trop large pour trouver quoi que ce soit à temps. Certains continuent à agrandir le trou pendant que les autres tâtonnent avec les sondes. Il nous faudra au final 9 minutes et 42 secondes pour extraire la boîte. Qu'est-ce que cela aurait donné en conditions réelles ?

Nous rechaussons ensuite les skis pour aller faire la trace pour le lendemain. Avec le soleil qui tape désormais, et la montée bien raide, nous commençons à transpirer. Quant aux conversions nécessaires à chaque lacet, elles ne sont pas évidentes à passer avec cette pente et la bonne couche de neige qui la recouvre. Après une heure et demi plutôt épuisante, nous enlevons les peaux pour la descente, qui durera à peine dix minutes ! Raconter comme ça, ça ne fait sans doute pas trop rêver, mais il faut imaginer les paysages des Alpes sous la neige et le Soleil, le silence environnant, les troupeaux de chamois que nous avons la chance d'apercevoir, la descente dans la poudreuse et le plaisir de retirer ses chaussures une fois rentrés au refuge ! Et ce n'est pas fini puisque nous nous trouvons dans le refuge le plus confortable d'Europe. L'après-midi se termine donc au sous-sol, entre le hammam et le jacuzzi. Des avalanches pourraient dévaler sur le refuge, bien au chaud dans l'eau bouillonnante, nous ne nous en rendrions pas compte. Après un excellent repas, nous décidons avec le guide de notre itinéraire du lendemain. La journée se termine par la lecture du bulletin météo. Demain, rendez-vous à 7h00 pour le petit déjeuner, prêts à partir.

Rando au col du Vallonnet

Le Soleil n'est pas encore levé lorsque nous quittons le refuge le lundi matin, mais avec la neige, un ciel sans nuage et la Lune pour nous éclairer, pas besoin de lampe frontale. Après une petite descente, nous collons les peaux et entamons la montée. Au programme : l'ascension du Roc du Blanchon à 2748 mètres. En passant près d'une cabane, nous nous allégeons en y déposant quelques affaires que nous récupérerons au retour. Pour progresser sur la face nord sur laquelle nous nous trouvons, nous fixons des "couteaux" à nos skis. Il s'agit de crampons qui se placent au niveau du pied et qui permettent aux skis d'accrocher dans la glace, ou comme c'est le cas ici, dans la neige dure. Le Soleil commence à apparaître au-dessus de la crête mais ses rayons ne font qu'effleurer le versant où nous nous trouvons, tout en produisant des jeux d'ombres très photogéniques. Ils arrivent en revanche avec un angle droit sur le versant opposé, chauffant la neige qui ramollit rapidement. Et comme annoncées par Bernard, des avalanches commencent à partir. D'abord une, puis une autre, une troisième, finalement nous en verrons une bonne dizaine. Au beau milieu, un groupe d'imprudents, qui a bien dû regretté d'avoir choisi une face sud à cette heure de la journée pour son ascension, rebrousse finalement chemin. Tout va bien de notre côté, mais nous prenons quand même nos distances les uns des autres. Compte-tenu des horaires de train de retour de certains membres du groupe, nous délaissons le sommet visé pour nous rendre au Col du Vallonnet, à 2585 mètres. Nous y parvenons vers 11h30, après une dernière traversée un peu délicate.

Photo de groupe
Ludovic, Lucile, moi, Julien, Séverine, Eglantine,
Juliette, Emilie,
Bruno, Olivia et Bernard

Nous décollons alors les peaux pour la dernière fois du séjour et nous nous lançons dans la descente, en passant de l'autre côté du col. Celle-ci est plus physique que ce que l'on pourrait imaginer. Les changements de type de neige, dus aux différentes orientations de la pente, peuvent en effet être piégeux. Par endroit, nous devons traverser des plaques à vent. Ces plaques où le vent a accumulé de grandes quantités de neige sont susceptibles de céder sous nos skis. Nous passons alors un par un avant de continuer la descente plus sereinement. A deux reprises nous voyons des groupes de chamois se déplacer à quelques centaines de mètres de nous, sans doute à la recherche de nourriture. Nous pique-niquons au soleil à l'endroit où nous avions laissé nos affaires, et rentrons à Pralognan par le chemin que nous avions emprunté la veille.

De la neige, du Soleil le dernier jour et un bon groupe, toutes les conditions étaient réunies pour passer un bon week-end. Quant au ski de randonnée, cette première approche nous a permis de nous faire une bonne idée de cette activité, et je pense qu'à la fin, nous étions tous prêts à rechausser les skis l'année prochaine pour une randonnée d'une semaine cette fois-ci !