Mon arrivée à Potosi n'a pas été des plus tranquilles, voici une anecdote dont je me serais bien passé. Alors que je n'avais jusqu'à présent pris aucun taxi en Bolivie (j'ai toujours tout fait à pied), je me suis laissé tenter par un taxi pour rejoindre le centre-ville à la descente du car à Potosi. Après avoir négocié le prix de la course, je monte dans la voiture et m'aperçois alors qu'elle est vraiment pourrie, le genre de véhicule dans lequel il n'est pas recommandé de monter. J'aurais mieux fait de sortir, mais mon sac-à-dos était déjà enfermé dans le coffre, et puis les voitures en bon état sont plutôt l'exception ici. Peu après être partis, un Bolivien, le complice passager-témoin, monte à côté de moi pour soi-disant se faire déposer un peu plus loin. Un peu plus tard monte à l'avant un homme qui nous présente brièvement une carte de police. Il nous explique qu'il effectue des contrôles dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue. Bien évidemment le chauffeur et l'autre passager trouvent ça tout à fait normal. Mais je ne suis pas convaincu et suis quasiment persuadé d'être tombé dans un de ces fameux pièges à touristes. Le "policier" commence à examiner les yeux et un bras de l'autre passager (pourquoi pas les deux bras ?). Il lui demande ensuite son argent pour le vérifier, lui rend, et se tourne alors vers moi. Après quelques questions et un rapide "examen" de mes yeux et de mon bras gauche, je dois lui montrer à mon tour, pour prouver que je ne suis pas un trafiquant de drogue, mes papiers, mon argent, ma carte de crédit... que je n'aurais certainement plus jamais revus si j'avais accepté de lui donner. Pendant de longues minutes il insiste, commence à fouiller mon sac, tate mes poches, mais hors de question que je lui montre quoi que ce soit. A chaque demande je lui réponds que je lui montrerai tout ce qu'il veut au poste de police. Et à chaque fois il me répond qu'il doit contrôler tout ça avant d'aller au poste afin d'en rendre compte à ses supérieurs. On a dû s'échanger une vingtaine de fois les mêmes arguments, jusqu'à ce que l'on s'arrête pour contrôler mon sac-à-dos qui était dans le coffre. Mais ce n'était qu'un prétexte pour abandonner la partie, et ils m'ont laissé là sur le bord de je ne sais quelle rue. J'ai finalement demandé mon chemin à une passante qui m'a fait monter dans un minibus en direction du centre. Tout est bien qui finit bien en ce qui me concerne, les escrocs sont eux repartis brecouilles, mais je serai dorénavant plus méfiant quand il s'agira de prendre un taxi. Fin de l'histoire, place à la visite de Potosi.

A 4160 mètres d'altitude, Potosi est considérée comme la plus haute ville du monde. Au début du XVIème siècle, les Espagnols y firent leur plus grande découverte en Amérique latine : une montagne contenant le plus grand gisement d'argent de l'histoire de l'humanité. Ils construisirent des mines et y envoyèrent les populations locales extraire le précieux minerai. Et comme cela ne suffisait pas, ils allèrent chercher des esclaves en Afrique, dans des galions qui repartaient ensuite chargés d'argent jusqu'en Europe. Potosi devint très vite la ville la plus riche du monde. On estime que l'équivalent de 50 milliards d'euros ont été pillés à Potosi et transportés en Europe. Autre estimation : 8 millions d'hommes seraient morts dans les mines... Aujourd'hui Potosi fait partie d'une des régions les plus pauvres de la Bolivie. Mais on extrait toujours de l'argent du Cerro Rico. 15 000 mineurs, dont plusieurs centaines d'enfants, travaillent encore dans les mines de "la montagne qui mange les hommes", dans des conditions épouvantables. L'espérance de vie d'un mineur à Potosi est de 45 ans.

Je n'ai pas voulu visiter les mines avec des agences qui proposent plus un spectacle, avec démonstrations d'explosions et tout ce qui va avec. Je me suis donc retrouvé chez "GreenGo Tours" avec Julio, ancien mineur qui m'a fait visiter la mine de sa coopérative, où il connait tout le monde. C'est la seule agence autorisée à visiter cette mine, et j'étais le seul ce jour-là. Je n'ai donc croisé aucun autre touriste durant toute la visite. Après m'être équipé et avoir acheté quelques cadeaux pour les mineurs (jus de fruit, cigarettes, dynamite), nous nous sommes rendus à l'entrée de la mine où des mineurs effectuaient des aller-retours avec des wagonnets d'une tonne remplis de minerai. Avant de rentrer, nous avons discuté assez longtemps avec un groupe de mineurs qui prenait sa pause "coca break" avant de commencer le travail. Les plus jeunes avaient 19 ans. Nous rentrons ensuite dans la mine. Pliés en deux, il nous faut courir pour éviter les wagonnets, car ceux-ci sont lancés à toute allure et n'ont pas de frein. A cette altitude, respirer est déjà difficile. Mais en courant courbés dans les tunnels d'une mine, c'est presque impossible. A l'intérieur la chaleur est suffocante et le faisceau de la frontale illumine toute la poussière que nous respirons durant la visite, mais que les mineurs respirent eux toute leur vie. Au fond de plusieurs galeries, nous rencontrons des mineurs. Un, tout seul car son compagnon n'est pas venu aujourd'hui, a 57 ans. Il lui reste encore un an avant de pouvoir prendre sa retraite. Dans un autre boyau, un groupe se prépare pour une perforation, opération très délicate qui consiste à creuser des trous dans la roche, pour ensuite y déposer des bâtons de dynamite qu'ils feront exploser successivement. Il leur faudra alors quitter le tunnel qui sera rempli de poussière pendant plusieurs heures, et espérer trouver une veine d'argent, de zinc ou d'étain. Afin d'obtenir du minerai de bonne qualité, et de ne pas être victime d'accident, les mineurs font des offrandes (alcool, cigarettes, coca...) au Tio, le Diable qui règne sur la mine. Chaque mine possède son propre Tio, figure mythologique inventée par les Espagnols pour forcer les incas, qui se révoltaient pour ne plus travailler dans la mine, à reprendre le travail. Je n'ai quasiment pas pris de photos, mais pour en savoir plus sur les mineurs de Potosi, je vous conseille de regarder le documentaire intitulé "The Devil's Miner".

J'ai passé le reste de mon temps à Potosi à me perdre dans la ville, au marché central ou à visiter la Casa de la Moneda, ce bâtiment dans lequel furent frappées les pièces de monnaie pendant des siècles. J'ai également tenté de visiter quelques églises, notamment pour les fameuses vues que l'on peut avoir depuis les toits, mais les horaires d'ouverture étant tellement aléatoires, j'ai toujours trouvé porte close. Prochaine destination : Uyuni, pour un tour du salar et de la région du Sud Lipez.