La province de Misiones au nord-est de l'Argentine doit son nom aux nombreuses missions construites par les jésuites aux XVIIème et XVIIIème siècles dans cette région pour "civiliser" les Guaranis et les protéger des esclavagistes. Plus de trente réductions ont ainsi été créées sur un territoire grand comme la France, à cheval sur l'Argentine, le Brésil et le Paraguay. En 1732, ces missions comptabilisaient 141 182 habitants. En 1984, sept d'entre elles ont été inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco. Les mieux conservées se trouvent au Paraguay mais nous sommes restés en Argentine où nous avons visité la plus célèbre du pays, San Ignacio Mini, ainsi que sa voisine Santa Ana.

San Ignacio Mini

Nous avons parcouru les ruines de San Ignacio guidé par Lucas, métis guarani et spécialiste des missions jésuites. Nous avons ainsi appris beaucoup sur l'organisation de la mission, l'aspect des bâtiments à l'origine (il n'en reste que des ruines), leurs fonctions, et la vie des jésuites et des Guaranis dans la réduction.

Toutes les missions sont construites selon le même plan. L'église se dresse à l'extrémité de la place centrale. Elle est entourée par la résidence des jésuites, le collège et les ateliers. De l'autre côté, on trouve la maison des veuves et le cimetière. Le cabildo, les habitations des Guaranis et les terres cultivées complètent l'espace.
Dans les missions, chaque famille guaranie recevait deux parcelles de terre à cultiver : une personnelle, et l'autre pour la communauté. Les hommes s'occupaient des travaux des champs, du travail du bois, de la forge, des arts et de l'artisanat. Les femmes s'occupaient des enfants, cuisinaient, confectionnaient les vêtements et géraient les tâches domestiques en général.

La mission de San Ignacio Mini a été fondée en 1610, au Brésil. Comme de nombreuses autres missions, elle a souffert des attaques des "bandeirantes" (chasseurs portugais d'esclaves). Elle migra en 1632 en Argentine, et s'établit en 1696 à son emplacement actuel. Elle fut détruite par les Paraguayens en 1817, avant d'être redécouverte en 1897 puis restaurée en 1940.

L'entrée de l'église de San Ignacio Mini

"Corazon de piedra", l'arbre qui pousse autour d'une colonneLucas, spécialiste des missions jésuites des Guaranis

San Ignacio Mini

San Ignacio Mini

La réduction de Santa Ana

Pour se rendre à la réduction de Santa Ana depuis San Ignacio, il faut prendre un car pour relier les deux villages, puis marcher environ une demi-heure le long d'une route. Avec une température dépassant les 40°C, et une humidité insoutenable, nous n'avons jamais eu aussi chaud que sur le chemin de Santa Ana. Les quelques locaux que nous avons croisés à l'extérieur, à l'arrêt de bus, avaient d'ailleurs tous une serviette à la main pour s'éponger...

La mission de Santa Ana a été fondée en 1633 au Brésil. Harcelée par les Portugais chasseurs d'esclaves, elle déménagea d'abord sur la rive du Parana en 1638, puis jusqu'à son emplacement actuel en 1660.
Là où à San Ignacio, les ruines de la mission étaient dégagées et restaurées, celles de Santa Ana sont restées telles quelles en pleine forêt tropicale. Pas de guide non plus, nous avons donc découvert par nous-même ce décor digne d'une aventure d'Indiana Jones !

Les ruines de la mission de Santa Ana

Le cimetière, postérieur à l'époque de la mission

La végétation a repris ses droits

Réduction jésuite de Santa Ana

Les ruines de l'église de Santa Ana

Avant l'orage