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Après 12 jours coupé du monde, me voici de nouveau en Argentine. Mais après un voyage aussi extraordinaire qu'une croisière en Antarctique, le retour à la civilisation s'annonce difficile. Et même si je sors d'un rêve, je ne fais heureusement que revenir au précédent !

Celui-là commence le 15 mars en fin d'après-midi lorsque j'embarque à bord du Plancius. Cet ancien navire de la marine néerlandaise fait aujourd'hui partie de la flotte d'Oceanwide Expeditions, qui l'envoie vadrouiller toute l'année dans les régions polaires arctiques et antarctiques. Je partage une cabine avec Luc (un Français voyageant en Amérique du Sud depuis plusieurs mois), Ryan (un Américain vivant à Seattle, qui m'a définitivement convaincu d'aller faire un tour en Alaska un jour) et Barry (un Néerlandais faisant le tour du monde). Le courant passe bien, de même qu'avec la quasi-totalité de la centaine de passagers. Le plus souvent des gens extrêmement sympathiques et intéressants (que je n'aurais sans doute jamais rencontrés ailleurs), de tous les âges (avec beaucoup de backpackers ayant pris leurs billets au dernier moment comme moi), venus principalement d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Australie. Et avec un équipage lui aussi international, la langue parlée à bord ne peut être que l'Anglais. Après un mois à parler Espagnol, ça m'a pris un peu de temps pour m'y remettre. Maintenant, il va falloir faire l'effort inverse ! On s'est tout de même retrouvés à 6 Français parmi les passagers, plus quelques francophones, donc j'ai pu avoir quelques instants de repos côté conversation. 

Après le pot d'accueil dans le salon panoramique, nous quittons Ushuaïa par le canal de Beagle. Nous profitons de ces premiers instants à bord pour visiter le Plancius. Perdus en arrivant, nous trouvons finalement nos repères dans le bateau. Je ne m'attendais pas à quelquechose d'aussi luxueux (le retour au mode backpacker s'annonce d'ores et déjà difficile). Quant aux repas, c'est comme si nous mangions matin, midi et soir au restaurant ! 

Nous avons beaucoup de chance les deux jours suivants pour la traversée du passage de Drake, où se rejoignent les océans Atlantique et Pacifique entre la Terre de Feu et la péninsule Antarctique. Les vagues sont souvent monstrueuses à cet endroit, mais la mer étant exceptionnellement calme, nous n'avons droit qu'à de "petites" vagues. Pas suffisamment petites cependant pour m'éviter le mal de mer... C'est la première fois que je prends un bateau pour plus de quelques heures et par précaution j'avais acheté des comprimés avant de partir. J'ai bien fait. Pendant la traversée, le staff, composé de scientifiques ayant travaillé de longues années en Antarctique, nous donne des conférences sur divers sujets liés à notre expédition. Et au soir du 17 mars, nous apercevons enfin les premiers îlots rocheux des South Shetland Islands. Nous sommes en Antarctique !

A partir du jour suivant et jusqu'au 23 mars, nous quittons le Plancius tous les matins et après-midis pour des tours de zodiac et des débarquements. Nos étapes sont les suivantes : Half Moon Island, l'île volcanique de Deception Island, Cuverville Island, Neko Harbour (notre unique débarquement sur le continent), Lemaire Channel, Icebergs Alley, Plénau Island, la station ukrainienne Verdnasky, Detaille Island (notre étape la plus australe), Petermann Island, Damoy Point et Melchior Island. A chaque fois, l'émerveillement devant les animaux (oiseaux, baleines, orques, phoques, otaries, manchots...) et les paysages est total. Nous naviguons au milieu des icebergs et de hautes montagnes couvertes de glaciers se jetant directement dans la mer. Aucune trace de civilisation humaine, à l'exception d'anciennes stations baleinières, cabanes et bases de recherches, le plus souvent fermées.
Et pas question de laisser de nouvelles traces. Avant de monter dans les zodiacs pour mettre pied à terre, la désinfection des bottes est obligatoire. Nous ne devons bien sûr rien ramener à bord, et ne rien laisser sur place. Interdiction d’apporter de la nourriture, seule l'eau est autorisée. Mais il faut mieux ne pas trop en boire, car si jamais on souhaite aller aux toilettes, il faut prendre le zodiac pour retourner sur le bateau ! (Ceci dit, l'Antarctique n'est pas préservé pour autant de l'activité humaine. La couche d'ozone est trouée, la chasse à la baleine se poursuit et la banquise s'amincit sous l'effet du réchauffement climatique. Et ce n'est pas fini, la recherche de ressources minières et pétrolières a déjà commencé...)

Malgré l'odeur de guano dans les colonies, nous passons des heures à observer les manchots. Nous n'avons pas le droit de nous approcher à moins de 5 mètres, mais eux ne connaissent pas la règle et il suffit de s'immobiliser quelques instants pour les voir venir vers nous. Ces oiseaux qui ne volent pas, marchent avec difficulté, mais nagent magnifiquement, sont fascinants à regarder. Et souvent très marrants (j'ai quelques vidéos sympathiques). Je ne me lasse pas de les regarder se courir après, se déplacer maladroitement sur leurs petites pattes, glisser, tomber, recommencer, sauter et dévaler les pentes enneigées sur le ventre. Ou dans l'eau, à nager en file indienne, puis bondir sur un petit iceberg, et hésiter tous ensemble pour savoir qui doit replonger le premier. Moins rigolo mais encore plus spectaculaire, nous avons assisté au repas d'un phoque léopard dans une colonie de manchots papous.

A bord du Plancius, nous n'avons pas le temps non plus de nous ennuyer. Entre les briefings, tris de photos, discussions, observations des paysages, recherches de baleines et parties de cartes, nous avons droit le samedi soir à un barbecue sur le pont arrière, qui se transforme ensuite en piste de danse pour la soirée la plus australe du monde. Emmitouflés dans nos polaires, nous profitons d'un décor exceptionnel, avec la pleine Lune en prime.
Le 21 mars (premier jour de l'automne) vers 8h15, nous passons enfin le cercle polaire antarctique à 66° 33' 44'' de latitude. Le petit déjeuner a été repoussé pour l'occasion et nous nous retrouvons tous dans le froid à l'avant du bateau pour fêter ça avec une coupe de champagne.

J'aurais plein d'anecdotes à raconter, mais je dois en garder pour plus tard, et laisser un peu l'ordinateur de côté pour profiter de la suite du voyage. Ce fut vraiment une expérience exceptionnelle, riche en émotions qu'il est très frustrant de ne pas pouvoir retranscrire. Cela restera entre moi et les personnes avec qui je l'ai partagée. Mais quel privilège de se retrouver au coeur d'un endroit si inaccessible, sauvage et grandiose ! Sans compter l'ambiance à bord, qu'on ne doit sûrement pas retrouver dans les immenses paquebots qui transportent des milliers de personnes. Pour la plupart des passagers, et certains ont déjà parcouru la planète entière, l'Antarctique a été leur destination préférée. Comment encore s'extasier après tout ça ? Certains se le demandent et hésitent à poursuivre leur voyage. Mais je ne suis qu'au début, j'en veux encore, je continue !