En plein cœur de l'hiver austral, et alors que la province de Buenos Aires s'apprête à subir de nouvelles inondations, nous nous envolons pour le soleil des tropiques, destination Rio de Janeiro au Brésil.

 

Free walking tour du centre ville et de Lapa

Les plages et les cocotiers semblent pourtant encore loin lorsque nous traversons en car lundi soir le centre ville pour nous rendre de l'aéroport à notre auberge située dans le quartier de Copacabana. Sombre et désert, pas vraiment la carte postale de la "ville merveilleuse". Même lieu, autre ambiance le lendemain matin lorsque nous y revenons pour une visite guidée à pied. Les cariocas viennent en masse travailler dans ce quartier qui concentre un grand nombre de tours de bureaux. A l'ombre de ces dernières, les monuments de l'époque coloniale accueillent les touristes.

Fernanda, qui nous guide à travers ruelles et avenues animées du "centro", nous raconte l'histoire de cette ville qui fut la seconde capitale du Brésil, après Salvador de Bahia et avant Brasilia. Elle devint même l'unique capitale d'un pays européen située sur un autre continent, lorsque Jean VI, prince régent du Portugal, décida de s'y installer en 1807 pour fuir les troupes napoléoniennes qui étaient alors sur le point de prendre Lisbonne.

La visite s'achève à Lapa, un ancien quartier résidentiel aujourd'hui célèbre pour sa vie nocturne (mais seulement le week-end, donc nous n'en profiterons malheureusement pas). C'est dans ce quartier que l'artiste Jorge Selaron entreprit de recouvrir un escalier de mosaïques colorées rapportées des quatre coins de la planète. Celui-ci est devenu depuis un des lieux touristiques de Rio.

Nous déjeunons dans un restaurant situé à proximité. Au menu : feijoada, un plat traditionnel à base de haricots noirs, de riz et de viande de porc que mangeaient les esclaves à partir des restes de viandes laissés par les maîtres. L'après-midi, après une tentative ratée de prendre le tramway récemment remis en service de lapa jusqu'à Santa Teresa (le dernier de la journée est parti sous nos yeux), nous retournons dans le centre et nous installons à une table de la Confeitaria Colombo. Cette institution carioca, fondée à la fin du XVIIIème siècle, est l'endroit idéal pour déguster quelques brigadeiros (confiseries à base de chocolat) et autres pasteis de caïpirinhas tout en sirotant du guarana (une boisson sucrée gazeuse produite à partir d'un arbuste d'Amazonie).

Du Corcovado au Pain de Sucre, Rio vu d'en-haut

Après un copieux petit déjeuner riche en fruits, nous prenons le bus pour le quartier de Cosme Velho. Alors que avions pris le métro la veille, le bus nous permet cette fois-ci d'apprécier la végétation luxuriante qui pousse sur les trottoirs de Rio : c'est la jungle ! Palmiers, lianes, fleurs exotiques, petit singes... donnent à Rio un aspect vivant et sauvage qui nous émerveille, et ce n'est pas fini ! Par la vitre, j'aperçois un surfeur se rendant à vélo, la planche fixée sur le côté, à la plage. En face de nous, à l'intérieur du bus, un couple tout équipé s'apprête à escalader un des nombreux sommets de cette ville située entre mer et montagne. Ce cadre idyllique me rappelle paradoxalement Tromsø en Norvège, où malgré un climat légèrement moins tropical, la combinaison mer et montagne m'avait enchanté.

Le bus nous dépose au pied du Cerro Corcovado, en haut duquel le statue du Christ Rédempteur domine toute la ville. Un train à crémaillère nous emmène presque tout en haut des 710 mètres de la montagne, en traversant la forêt du parc national de Tijuca. Construite entre 1926 et 1931, la statue est l'œuvre de l'ingénieur brésilien Heitor da Silva Costa et du sculpteur français Paul Landowski. 1145 tonnes pour 33 mètres de haut, elle est impressionnante. La vue sur la baie l'est encore plus, malgré une légère brume qui recouvre le paysage. En face de nous, vers l'Est, les quartiers de Santa Teresa, Lapa, du Centro, de Botafogo et Urca, le Pain de Sucre, le pont de Niteroi qui traverse la baie et les montagnes qui s'étendent à perte de vue. Au sud, les plages de Leme, Copacabana, Ipanema, Leblon, le lac (lagoa)... Au Nord, le célèbre stade Maracana. Les quartiers pauvres du nord et les favellas réparties à flanc de montagne un peu partout dans la ville nous rappellent que Rio n'est pas le paradis que l'on pourrait croire lorsque l'on vient seulement en tant que touriste.

Malgré la foule, nous retrouvons Jessica (Mexique) et Thomas (France), rencontrés la veille et avec qui nous nous étions donné rendez-vous au Corcovado. Notre souhait du jour à tous les quatre : assister au coucher du Soleil depuis le sommet du Pain de Sucre. Mais comme il est encore tôt pour cela, nous partageons un taxi en direction du jardin botanique. Celui-ci, créé par Jean VI en 1808, est immense et magnifique. Il nous faudra pas mal de temps pour n'en parcourir qu'une partie. Puis c'est l'heure de reprendre le bus en direction d'Urca.

De là, nous prenons un premier téléphérique qui nous mène en haut du Morro da Urca à 220 mètres d'altitude. Des petits singes aux visages de gremlins nous accueillent avant qu'un second téléphérique ne nous hisse jusqu'au 396 mètres du Pain de Sucre. Nous ne nous lassons pas de contempler la vue, côté mer comme côté ville. Alors qu'une poignée d'escaladeurs vient juste de terminer son ascension pour nous rejoindre, le Christ Redempteur s'illumine. Puis c'est toute la ville qui se met à scintiller au fur et à mesure que le Soleil disparaît derrière les montagnes. Nous laissons la foule pour revenir au Morro da Urca, où nous siroterons quelques caïpirinhas jusqu'à la fermeture.

Jardin botaniqueJardin botaniqueJardin botanique
Le jardin botanique

Les pieds dans l'eau à Copacabana et Ipanema

Au troisième jour, nous partons enfin faire un tour du côté des plages parmi les plus célèbres au monde : Copacabana et Ipanema. Après avoir essayé par tous les moyens d'emprunter l'équivalent du velib local, nous nous rendons à l'évidence, le système est impossible à utiliser si l'on ne dispose pas d'un smartphone avec une connexion Internet. Nous longerons donc les plages sur le sable et les pieds dans l'eau, ce qui n'est pas plus mal.

Nous commençons par Copacabana, ainsi nommé depuis qu'une chapelle du quartier abrite une réplique de la vierge de Copacabana en Bolivie. Nous avons beau être en plein hiver, le Soleil tape, l'air est chaud (juste ce qu'il faut) et l'eau est bonne. Pieds nus, nous parcourons plusieurs kilomètres jusqu'à l'heure du déjeuner. Quelques spécialités locales dont j'ai oublié le nom et un lait de coco plus tard, nous poursuivons sur Ipanema.

En début de soirée, nous retrouvons Angela et Michele, deux Brésiliennes qui hébergent Thomas. En voiture, elles nous emmènent sur une des hauteurs du parc Tijuca, un belvédère surnommé Chinese View. Cette fois-ci, nous pouvons contempler à la fois le Corcovado et le Pain de Sucre au milieu d'un paysage toujours aussi surprenant. Sur place, nous croisons plusieurs singes (prego macaco) plus grands que ceux du Pain de Sucre. Ils n'ont pas peur des humains, au contraire, ils connaissent toutes les manières de récupérer quelques restes de nourriture qui traineraient. Mieux vaut surveiller son sandwich !

La journée se termine dans le quartier d'Urca, sous le Pain de Sucre et au bord de l'eau, un endroit animé où les jeunes cariocas ont l'habitude se retrouver pour boire quelques bières jusqu'à tard dans la nuit. Michele qui est musicienne a sorti sa guitare et nous offre un petit concert privé. On aimerait bien arrêter le temps à ce moment-là. Rio nous a envouté, il nous faudra revenir. La saudade, l'indicible nostalgie qui frappe les visiteurs lorsqu'ils quittent la cité merveilleuse, n'est pas un mythe.