Uyuni est une petite ville perdue au milieu du désert. Il y fait froid (les draps de mon auberge sont en polaire !) et il n'y a rien à faire. Arrivé samedi soir, je passe toute la journée de dimanche à chercher une bonne agence, parmi les 80 que compte la ville, pour faire une excursion de 3 jours dans le salar d'Uyuni et la région du Sud Lipez. Et trouver la bonne agence à Uyuni, c'est un peu comme jouer à la roulette russe avec 5 balles. Malheureusement pour moi, les agences qu'on m'a conseillées sont fermées, ou n'ont leurs bureaux qu'à Tupiza, plus au sud. Après en avoir vues plusieurs, je choisis finalement Tito Tours. J'avais rencontré Tito en attendant le car à Potosi, il était sympa et une vérification sur Internet a fini de me convaincre. Tous les témoignages étaient très positifs. Je lui pose plein de questions pour m'assurer des conditions du voyage, il me montre même le 4x4 dans lequel il va nous emmener, tout est parfait. Mais le lundi matin, au moment de partir, on me fait monter dans un autre 4x4, nettement moins bien que celui de la veille (pas de vitre ouvrante à l'arrière, pas de ceinture de sécurité, portières arrière quasiment impossibles à ouvrir de l'intérieur...). Le chauffeur n'est pas Tito et les autres passagers ont payé leur tour nettement moins cher que moi. Bref, je me suis rendu compte, mais un peu tard, qu'on m'avait "revendu" à une autre compagnie pour qu'elle puisse compléter son 4x4 avec un sixième passager. Au moins les autres passagers sont sympas (un couple argentin, un couple hispano-salvadorien et un Hollandais) et on va parler Espagnol. Je me console comme je peux.

Premier arrêt au cimetière de trains, à quelques kilomètres d'Uyuni. Au XIXème siècle, après la guerre du Pacifique contre le Chili et la perte de l'accès à la mer par la Bolivie, des dizaines de trains ont été abandonnés ici, en plein milieu de nulle part. Sans tous les touristes, le site aurait des airs de fin du monde. Les pauses sont chronométrées et nous devons rapidement remonter en voiture, destination le village de Colchani en bordure du salar, où l'on nous explique en vitesse le processus d'extraction du sel, jusqu'à la fermeture du sachet en plastique destiné à la vente...

Nous rentrons ensuite dans le salar d'Uyuni, le plus grand désert de sel au monde (150 km de long, 100 km de large). Il n'y a pas de route ou de piste dans le salar et les chauffeurs doivent se repèrer à l'aide des montagnes environnantes. Javier, notre chauffeur-mécanicien-guide-cuisinier nous emmène sur l'île Incahuasi, recouverte d'immenses cactus. Cette première partie du salar est asséchée, ce qui n'était pas le cas quelques semaines à peine auparavant. En effet, après la saison des pluies, le salar est inondé, empêchant souvent les 4x4 de s'y rendre, le sel n'étant pas très bon pour les moteurs. Après un rapide tour à pied sur l'île, il nous faut à nouveau nous dépêcher pour repartir. Pas le temps pour nous de prendre les fameuses photos avec les effets de perspective que permet cette immense étendue blanche. La fin de la traversée du salar est moins rapide car la partie suivante est toujours sous l'eau. Le salar inondé forme un miroir parfait où se reflètent le ciel, les îles et les montagnes. Le niveau est suffisamment bas pour que les 4x4 puissent s'y aventurer, mais trop haut cependant pour que nous puissions nous y arrêter, et nous prenons des photos comme nous le pouvons, en nous contorsionnant pour atteindre les vitres ouvrantes du véhicule. A cette époque de l'année la nuit tombe vite, mais nous arrivons tout de même sur la rive ouest du salar avant le coucher du soleil. Nous trouvons des lits disponibles dans un hôtel de sel, mangeons et partons nous coucher, bien emmitouflés dans un sac à viande, à l'intérieur d'un sac de couchage, sous les couvertures. La nuit s'annonce fraîche !

Partis le lendemain à l'aube, après un premier arrêt dans le village de San Juan, nous traçons notre route à travers le désert et les volcans. Un poste militaire nous rappelle que la frontière avec le Chili est toute proche. Pour poursuivre, nous devons payer le soldat bolivien chargé de la surveillance (habillé d'un survêtement aux couleurs du Brésil !) avec notre reste de pain du petit déjeuner. Nous arrivons à l'heure du déjeuner à la lagune Canape, la première d'une longue série. C'est là que nous nous apercevons que notre roue arrière gauche est crevée. Le temps du changement de roue nous permet au moins de prendre des photos de la lagune, où nous rejoignent quelques vigognes venues se désaltérer. Nous devrons en revanche aller plus vite cet après-midi pour arriver à la Laguna Colorada avant la nuit. Une fois la roue changée, nous repartons et passons à côté des lagunas Helionda, Chacota et Honda puis nous nous enfonçons à nouveau au milieu d'un désert. Alors que nous attendions avec impatience une pause pour pouvoir prendre quelques photos, nous crevons à nouveau ! Roue arrière gauche ! Là nous allons avoir le temps de prendre des photos... Javier remet la roue crevée ce matin en place et tente de repartir, mais évidemment celle-ci est toujours crevée et cela ne sert à rien. Il ne nous reste plus qu'à attendre qu'un autre 4x4 passe par ici. Nous étions déjà en retard mais espérons quand même qu'il reste quelques véhicules derrière nous. Finalement, au bout de 30 minutes, le 4x4 d'un couple russe venu de Sibérie s'arrête pour nous fournir de quoi réparer la roue et nous prêter un coup de main. Le temps de la réparation, nous serons rejoints par deux autres véhicules. Ici, tout le monde s'entraide. La chambre à air est déjà truffée de rustines, et c'est de l'une d'entre elles que vient finalement la fuite. Deux heures après avoir crevé, nous pouvons repartir. Nous prenons tout de même le temps de nous arrêter à l'arbre de pierre et arrivons finalement en fin de journée à la Laguna Colorada. Malgré le manque de lumière (il est tard et le Soleil est caché par les nuages), l'eau du lac est d'une couleur rouge irréelle. Quelques minutes plus tard, le temps d'observer des flamants roses au milieu de la lagune, la nuit tombe et nous rejoignons notre deuxième hôtel de sel.

Réveil glacial et matinal le troisième et dernier jour à 5 heures. Il fait encore nuit lorsque nous arrivons aux geysers, à presque 5000 mètres d'altitude. Ici l'eau ne jaillit pas par intermittence, on a plutôt à faire à des fumerolles. Nous profitons du lever de Soleil quelques kilomètres plus loin, enfin au chaud dans une eau à 35°C environ, dans un bain naturel en bordure de lagune. Nous traversons ensuite le Désert de Dali, nommé ainsi en raison des formes et des couleurs de ses paysages, semblant sortis tout droit d'un tableau du peintre. D'énormes pierres projetées lors d'une éruption volcanique complètent le décor. Avant-dernière étape, en ce qui me concerne, à la Laguna Verde, au pied du volcan Licancabur. Je profite en effet de ce tour pour passer au Chili tout proche. On me dépose à quelques centaines de mètres de la Laguna Blanca (que je ne verrai pas). Il y a là des guides qui proposent l'ascension du Licancabur, ce qui me tente beaucoup, surtout après le récit que m'en avait fait Carole et Bastien lorsqu'on s'était recroisé à La Paz. Mais il n'est que 10 heures du matin et je ne me vois pas attendre tout seul toute la journée pour pouvoir faire l'ascension le lendemain matin, et devoir encore attendre une journée et une nuit supplémentaire pour pouvoir prendre un bus le surlendemain matin. J'abandonne donc l'idée (et vu le mauvais temps et la neige tombée le lendemain, je ne regrette pas), trouve quelqu'un pour me conduire à la frontière, puis un bus pour m'emmener jusqu'à San Pedro de Atacama.

Ile Incahuasi
Salar d'Uyuni
Arbol de piedra
Laguna Colorada
Vigognes près de la laguna Canapa
Désert de Dali