Il n'y a qu'un seul car qui relie directement Iguazu à Salta, et qu'une seule catégorie, cama, c'est-à-dire le top du top. Seulement 3 sièges par rangée, quasiment inclinables à l'horizontale, coussin, couverture, déjeuner, goûter, dîner, petit déjeuner, wifi, même les films m'ont paru meilleurs. Je suis arrivé à destination sans avoir vu passer les 23 heures de trajet. Salta est une grande ville de 500 000 habitants située au pied des Andes à 1200 mètres d'altitude, au Nord-Ouest de l'Argentine, à proximité du Chili et de la Bolivie. Les environs de Salta sont bien plus verts que ce que j'avais imaginé, mais j'aurai l'occasion de voir plus tard que le Noroeste possède des paysages très variés et pouvant changer complètement d'une vallée à l'autre. 

Après avoir posé mon sac dans une auberge, je pars faire un tour du centre ville et de quelques édifices (l'église San Francisco, la cathédrale, le cabildo...) puis visite le Musée Archéologique de Haute Montagne dans lequel on peut notamment observer des momies d'enfants incas sacrifiés aux sommets de montagnes de la Cordillère et exceptionnellement bien conservées par le froid. Le soir je retrouve Nicolas, rencontré en Patagonie, qui termine un circuit de 3 jours en voiture au sud de Salta avec un couple de Français, Marie-Laure et Antonin. Nous partons tous les 4 le lendemain pour un road-trip au nord.

Heureusement que Marie-Laure est très patiente car avec Nicolas et Antonin, nous nous arrêtons à chaque virage pour prendre des photos (je n'ai d'ailleurs pas fini la sélection, donc il faudra attendre encore pour les voir). Ici aussi les paysages sont hallucinants. La quebrada (vallée) de Humahuaca est bordée de montagnes de toutes les couleurs sur des dizaines de kilomètres, si bien qu'il nous faut une journée entière pour arriver à Humahuaca, petite ville andine perchée à 2900 mètres d'altitude. Le jour suivant, nous prenons la direction d'Iruya, un village isolé au bout d'une piste de 55 kilomètres. Là encore, il nous faut une journée complète pour arriver à destination. A cause des pauses photos, mais pas seulement. Il nous faut notamment traverser des rivières à gué et franchir un col à plus de 4000 mètres. Sur le chemin, nous croisons quelques habitations d'où sortent des enfants pour nous demander des bonbons. Le moindre village possède son terrain de foot (c'est-à-dire un terrain plus ou moins plat, dégagé, et avec 2 cages en bois). Après tout, nous sommes en Argentine, le pays du foot. Mais où se cachent les 22 joueurs dans les 3 maisons qui constituent le village ? Parfois, des chiens errants surgissent de nulle part et poursuivent la voiture sur quelques centaines de mètres. Bonne chance aux courageux à vélo que nous croisons sur la piste ! Après une nuit orageuse à Iruya, nous revenons sur nos traces et roulons jusqu'à Pumamarca, autre petit village situé au pied de la "Montagne aux 7 couleurs". Nous débutons notre quatrième journée en profitant du lever du Soleil face à cette fameuse montagne et reprenons ensuite la route qui s'élève de nouveau à plus de 4000 mètres pour arriver à la Puna, vastes plateaux arides, aux pieds de sommets enneigés dépassant souvent les 6000 mètres, à la végétation rase et où les seuls lacs sont de sel. Nous pique-niquons d'ailleurs aux Salinas Grandes, le plus grand salar du Noroeste argentin. La route se transforme alors en piste où nous croisons plus d'ânes, de lamas et de vigognes que d'êtres humains, jusqu'à arriver à San Antonio de Los Cobres, petit village poussiéreux perdu au fond de la Puna. Après une tentative échouée pour aller voir le viaduc du train des nuages tout proche (la piste est impraticable pour notre voiture), nous décidons finalement de ne pas passer la nuit ici et de rentrer directement sur Salta, en passant par la Quebrada del Toro où nous profitons une dernière fois des paysages avant la tombée de la nuit.

C'est l'heure des adieux à Salta et chacun reprend sa route de son côté. Marie-Laure et Antonin s'en vont en Bolivie et Nicolas à Iguazu. Encore un super road trip qui se termine, plein de rigolades, de musiques, de frayeurs, d'apéros et de paysages à couper le souffle. Quant à moi, je reste quelques jours de plus à Salta afin de visiter le sud vers les villes de Cafayate et de Cachi. J'opte pour deux excursions en minibus où je me retrouve exclusivement entouré d'Argentins (à part une Australienne le premier jour), pour la plupart âgés. Même s'ils ne se sont jamais vus auparavant, les Argentins se comportent avec tout le monde (y compris avec le guide, le chauffeur et moi) comme s'il était de la famille, ce qui donne lieu à de belles conversations. Un thème qui revient souvent, c'est la difficulté qu'ont les Argentins pour voyager, faute de moyens, alors qu'ils connaissent pourtant si bien l'Europe et la France (on m'a même chanté la Marseillaise !). Côté paysages, c'est toujours l'émerveillement à chaque virage. On passe en quelques minutes d'une plantation de tabac, à une forêt verdoyante mais sous les nuages, à un plateau ensoleillé et parsemé de cactus ou à des formations géologiques toutes plus surprenantes les unes que les autres. Cela m'a rappelé un peu les routes de l'Utah dans l'Ouest des Etats-Unis. Ce type de visite est cependant un peu frustrant car rares sont les occasions de s'arrêter pour profiter davantage des paysages et prendre des photos (mais je suis sûr qu'on pourra en voir des belles sur le blog de Marie-Laure et Antonin).

Une petite anecdote avant de conclure. Sur la route du retour entre Cachi et Salta, le chauffeur s'arrête tout d'un coup en bas d'une pente et coupe le moteur. On a à peine le temps de se demander ce qu'il se passe que le minibus se met à remonter la pente. Le moteur est toujours éteint ! Un peu sceptiques au début, nous finissons par croire le guide qui nous explique que ce phénomène est dû à un champ magnétique très localisé. Impressionnant !

Pour ma dernière journée à Salta, je monte les 1070 marches du Cerro San Bernardo qui domine la ville du haut de ses 1450 mètres. Nous sommes mi-avril et Romaric a déjà atterri à Lima. Il est temps pour moi de quitter l'Argentine pour le rejoindre dans le sud du Pérou.