Comme pour mon passage du Pérou à la Bolivie (alors que la frontière avait été bloquée pendant des semaines par des manifestants péruviens), j'ai eu de la chance à la frontière entre le Chili et l'Argentine. Deux jours plus tard, celle-ci était en effet fermée à cause de la neige. J'ai donc traversé les Andes une dernière fois, en passant à moins de 15 km de l'Aconcagua, pour rejoindre Mariana à Mendoza, la capitale argentine du vin et de l'andinisme (aucun lien). Mais l'été indien est déjà loin, l'hiver est là et je me retrouve à ressortir les couches de vêtements, gants et bonnet compris. Nous ne quittons pas la ville et la visitons à pied et à vélo, notamment les places du centre-ville (Independenza, San Martin, Espana, Italia et Chile) jusqu'au grand parc San Martin où nous suivons la route qui mène au Cerro de la Gloria au sommet duquel fut érigé un monument à la gloire du général San Martin, héros de l'indépendance argentine. Malheureusement, ce jour-là, tout comme depuis l'autre côté à Santiago, nous n'aurons pas toujours pas de vue sur des Andes enneigées.

La Carolina
La Carolina
La Carolina
La Carolina

De retour à San Luis, nous n'y restons qu'une nuit et partons dès le lendemain matin pour deux jours à la campagne, dans le nord de la province, où la famille de Mariana possède une maison dans laquelle a vécu son arrière-grand-père. Après plus d'une semaine à visiter des villes, je savoure l'isolement du lieu qu'on appelle La Carolina, du nom du village le plus proche. Nous allons passer la nuit la plus longue de l'année dans une petite maison au milieu de la prairie (de toute beauté), à environ 1500 mètres d'altitude. Nous sommes accueillis par Javier qui vit ici et s'occupe des chevaux, vaches et moutons. Avec son accent de la campagne, je crois que c'est la personne que j'ai eu le plus de mal à comprendre du voyage. Pas d'eau courante en cette saison, mais il y a un puits. Pas d'électricité non plus, mais un moteur au kérosène nous permet de nous éclairer quelques heures le soir. Pour le reste, des bougies et une dizaine de couvertures feront l'affaire. Je n'aurais pas pu rêver de meilleures conditions pour faire mon baptême de chwal et je suis heureux de terminer ce grand voyage par de longues chevauchées à travers cette nature sauvage et magnifique. Lorsque nous ne sommes pas sur le dos d'Estrella et Regalo, nous montons quelques cerros à pied, regardons les moutons et leurs agneaux qui ont a peine une quinzaine de jours, partageons un dernier asado et nous nous réchauffons autour de la cuisinière pour une soirée crêpes (panequeques). Ces deux jours passent finalement très vite, et nous nous retrouvons bientôt, bien trop tôt, à San Luis. Mais je suis déjà invité à revenir à La Carolina, en été cette fois-ci, afin d'admirer un paysage bien différent.

Les deux derniers jours passent eux aussi très vite, et je me retrouve sans même m'en être rendu compte à l'aéroport international de Buenos Aires à attendre mon vol retour ! Retardé de 12 heures à cause des cendres du volcan chilien Puyehue, le temps semble finalement se ralentir ici, au milieu de la foule, du bruit et des odeurs de McDo. La prairie de La Carolina, les déserts de l'Altiplano, la forêt d'Iguazu, les montagnes de Patagonie et les glaciers de l'Antarctique où j'étais il n'y a pourtant pas si longtemps me paraissent déjà si loins... Que de paysages hallucinants et de rencontres exceptionnelles ! Il va me falloir du temps pour me remettre de ces quatre mois et demi de voyage et c'est avec des souvenirs plein la tête et pour toute la vie sans doute que je rentre à la maison.