Après quelques semaines passées en Bolivie, me voici de retour au Chili, dans le petit village de San Pedro de Atacama, au milieu du désert le plus aride de la planète, et au pied d'une chaîne de volcans dont les plus élevés dépassent les 6000 mètres. Malgré le côté très touristique du village, je m'y sens bien et y reste une semaine afin d'explorer les environs qui ne manquent pas d'intérêt.

San Pedro de Atacama

Dès le premier jour, alors que je suis parti en VTT visiter les ruines de Quitor, une forteresse de la civilisation atacaméenne, je fais la connaissance de Noémie et Vincent, un couple de Québécois avec qui je vais passer tout mon séjour à San Pedro. Ils sont suivis par deux chiens qui ne les quittent plus depuis leur sortie du village, et qui resteront avec nous toute la journée, que ce soit dans l'ascension ou la descente d'un col menant à la Vallée de Mort, dans les nombreuses traversées de la rivière ou dans les chemins sinueux et étroits de la Quebrada del Diablo. Un des deux chiens nous a même suivi le soir jusqu'auprès du feu d'un des restaurants du village où nous nous réchauffons tout en profitant de l'happy hour.

Valle de Jere

Il n'y a pas d'agence de location de voiture à San Pedro, mais Vincent et Noémie ont tout de même réussi à louer un pick-up à un particulier pour le lendemain. C'est l'idéal pour visiter le désert, bien moins cher que les excursions proposées par les agences, et avec une liberté totale. Nous partons tôt le matin, en compagnie de Peyton, un Texan vivant à Seattle, en direction du Salar d'Atacama, au sud du village. Premier arrêt à la Laguna Cejar, un lac dont la concentration en sel est dix fois plus forte que dans l'océan. Mais à cette heure encore matinale, l'eau est bien trop froide pour essayer de se baigner et tester la flottaison exceptionnelle de la lagune. Auto-surnommés "les chasseurs de lagunes", nous en approchons quelques autres avant d'arriver au village de Toconao. A proximité se trouve la Vallée de Jere, un canyon abritant une oasis. A peine descendus au fond, nous sommes étonnés par le changement de climat et de végétation. Un peu plus tôt, nous nous repérions dans le salar grâce à L'arbre, le seul et unique arbre du coin, mais dans le canyon, nous nous retrouvons au coeur d'un verger luxuriant. De retour dans le monde chaud et sec du salar, nous reprenons notre activité de chasseurs de lagunes et nous dirigeons vers la Laguna Chaxa, en nous offrant une traversée panoramique à l'arrière du pick-up. Ca secoue, on se prend le vent en pleine figure, mais au milieu du désert, sous les sommets enneigés du Licancabur et de ses compères volcans, on en redemande ! A la laguna Chaxa, nous admirons les flamants roses de plusieurs espèces (du Chili, des Andes et de James) effectuer leur drôle de danse de très près. La tête dans l'eau à la recherche de nourriture, et le reste du corps en train de tourner autour de ce coup interminable. Nous terminons cette longue journée aux lagunes altiplaniques de Miniques et Miscanti, au milieu des volcans et des vigognes.

Flamants roses à la Laguna Chaxa
Sandboard dans la Vallée de la Mort
Valle de la Luna

Après une grasse matinée bien méritée le lendemain, nous repartons l'après-midi pour la Vallée de la Mort, équipés cette fois-ci de skis ou de snowboards, pour descendre une dune de sable. Mais pas de remontée mécanique ou de buggy pour nous attendre à l'arrivée. Après quelques secondes de descente, il nous faut remonter à pied dans le sable, sans oublier une fois en haut de remettre un coup de cire sous les skis ou la planche. Bref, ce n'est pas de tout repos (vive la neige) et nous reprenons donc notre souffle un peu plus loin en attendant que le Soleil se couche sur la Vallée de la Lune.

Valle de la Luna

Motivé grâce à tous mes nouveaux globules rouges durement gagnés lors de mes dernières semaines sur l'Altiplano, je réenfourche un VTT le jour suivant pour me rendre aux ruines de Tulor et dans la Vallée de la Lune. Il ne reste pas grand chose de Tulor, enseveli sous le sable de l'Atacama, mais on peut tout de même observer la structure du village, entièrement constitué de petites maisons circulaires interconnectées les unes aux autres. Quant à la Vallée de la Lune, je suis sûr qu'il y a plus d'eau sur la Lune qu'ici. De tout l'après-midi, je n'aurai vu aucune plante, pas même un brin d'herbe ou de lichen, aucun oiseau, aucun insecte. Seulement du sable et de la roche, mais prenant parfois des formes spectaculaires. Laissant mon vélo, je pars explorer des canyons se transformant en tunnels étroits et obscurs, d'anciennes mines de sel ou d'immenses dunes de sable. Après tout ça, je n'ai pas de mal pour trouver le sommeil une fois de retour à San Pedro. Et je peux me coucher tôt, le tour pour les geysers d'El Tatio part demain à 4 heures du matin !

Geysers del Tatio

Ou plutôt 5 heures. Alors que j'allais me recoucher après avoir attendu une heure dans le froid devant l'auberge, le van de l'agence arrive enfin, s'excusant pour le retard dû à un changement de roue (ils n'auraient pas pu la changer la veille ?!!). Nous arrivons frigorifiés à 6h30 sur le site où des dizaines de geysers (source d'eau liquide) et de fumerolles (fumées) nous attendent. La plupart sont permanents, mais d'autres sont intermittents, ne crachant de l'eau par exemple que durant 30 secondes, toutes les 5 minutes. Le temps d'un petit déjeuner au chocolat chauffé dans un geyser, le Soleil se lève enfin, et nous réchauffe, un petit peu. Mais pas suffisamment pour nous motiver à nous baigner aux sources thermales situées un peu plus loin. J'y trempe quand même mes pieds gelés. Au milieu des geysers, on nous montre une installation datant des années 60, lorsque des entreprises étrangères tentèrent de produire de l'électricité grâce à la géothermie. Mais le projet échoua pour des raisons logistiques, la ville la plus proche, Calama, n'étant pas suffisamment équipée pour une telle entreprise, sans compter l'accès très difficile au site. Cela n'a pas empêché une nouvelle tentative, il y a seulement quelques années, mais qui ne donna rien de plus, les ingénieurs se rendant compte après-coup que la pression des geysers n'était pas suffisante...

Le centre de la Voie Lactée

Le soir, après des heures passées à attendre que les conditions climatiques s'améliorent (notamment à cause de la poussière en suspension dû au fort vent de la journée), la séance d'observation du ciel à laquelle je m'étais inscrit est confirmée. Le désert de l'Atacama est en effet l'un des meilleurs endroits sur Terre pour observer les étoiles, et les plus grands téléscopes au monde se trouvent dans la région. Ce soir, pendant presque trois heures, un astronome français installé à San Pedro nous explique, avec beaucoup d'humour, le ciel que nous observons, et comment les différentes civilisations qui se sont succédé sur Terre le voyaient et l'interprétaient. Grâce à son laser et une dizaine de téléscopes, il nous montre quelques étoiles, des constellations, Saturne et ses précieux anneaux, différentes régions de la Voie Lactée... Je termine cette journée comme je l'ai commencée, c'est-à-dire frigorifié, mais sans avoir vu le temps passer.

San Pedro de Atacama
San Pedro de Atacama et le Licancabur

Le ciel est à nouveau dégagé pour mon dernier jour à San Pedro, mais je ne fais rien de particulier. Je profite de mes derniers instants au village et prépare la suite du voyage. Finis les déserts et autres lieux exotiques, la fin approche. Je me dirige vers Santiago, au sud, avec une étape prévue sur la côte à La Serena.