Un an tout juste après l'ascension du Mont Blanc, je suis de retour à Chamonix pour un nouveau stage d'alpinisme avec l'UCPA. Ce stage n'ayant pas d'objectif prédéfini, le programme de la semaine est mis au point jour après jour en fonction des envies du groupe et du guide. L'orientation se fait rapidement vers l'escalade. N'en faisant pas régulièrement, je sais d'avance que je vais souffrir, mais ce sera surtout l'occasion de faire des courses plus techniques que les années passées.

Escalade au Brévent

Nous commençons lundi du côté du Brévent, à environ 2500 mètres d'altitude, par des traversées d'arêtes et de l'escalade en grande voie. Face à la chaîne du Mont Blanc et sous un grand Soleil, notre groupe de cinq (Bruno, Johann, Delphine, Nicolas et moi) plus le guide progressons en relais ou en corde tendue. Les relais permettent aux deux membres de la cordée de s'assurer l'un l'autre à tour de rôle. Le premier de cordée monte en posant des points de fixation, pendant que le second l'assure. Une fois arrivé au relais suivant, le premier assure alors le second qui le rejoint en ayant récupéré tout le matériel utilisé pour fixer la corde (coinceurs, dégaines...). Lorsque la voie est plus facile, les deux membres de la cordée progressent simultanément en gardant la corde tendue afin de limiter les effets d'une chute éventuelle.

Escalade au Brévent

Pointe Lachenal et début de l'Arête des Cosmiques

Le lendemain, nous partons de l'Aiguille du Midi à plus de 3800 mètres. Encordés et crampons aux pieds, nous descendons l'impressionnante arête et nous nous dirigeons vers la Pointe Lachenal. Plutôt que de monter en lacets sur une pente pas trop raide, nous traçons tout droit, en nous assurant à l'aide du piolet ou d'une broche à glace. Pas encore acclimaté à l'altitude, je manque de souffle dans la montée. Nous redescendons ensuite par une pente un peu plus douce et après avoir pique-niqué, nous rejoignons l'Arête des Cosmiques. Nous n'aurons malheureusement pas le temps de la parcourir en entier et devrons nous contenter seulement du début avant de faire demi-tour et de rentrer à l'Aiguille par la même arête descendue le matin.

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Topo de l'Arête des Papillons

Arête des Papillons

La course du mercredi s'avérera la plus difficile de la semaine. Nous partons tôt avec la première cabine pour le Plan de l'Aiguille (gare intermédiaire pour l'Aiguille du Midi) et marchons avec un rythme soutenu jusqu'au pied de l'Arête des Papillons. Je fais cordée avec Nicolas. Meilleur grimpeur que moi, il passera en premier et posera les friends (types de coinceurs qui permettent de fixer la corde au rocher). En contrepartie, je porterai le sac-à-dos commun à la cordée, et récupérerai le matériel. Nous mettons les chaussons d'escalade et partons à l'attaque de la paroi. Comme décrits dans le topo, certains passages sont "aériens" et "vertigineux". Pas tout le temps rassuré, je n'aurais pas crû pouvoir passer à certains endroits (j'ai tout de même perdu une ou deux vies dans le passage le plus difficile). Mais ça a fini par passer et à 17h nous sommes de retour au Plan de l'Aiguille pour une pause déjeuner bien méritée !

Montée au refuge du Couvercle

Le dernier objectif de la semaine est l'ascension de l'Aiguille du Moine, par l'arête Sud. Ce sommet rocheux qui culmine à 3412 mètres fait partie de l'Arête des Ecclésiastiques (avec la Nonne, le Cardinal et l'Evêque) qui mène à l'Aiguille Verte. Accompagné de Jeff, aspi-guide, nous partons tôt le jeudi matin prendre le train du Montenvers qui relie Chamonix à la Mer de Glace, puis descendons les échelles pour atteindre le glacier, chaque année un peu moins épais que la précédente. Etienne notre guide profite de l'occasion pour nous faire faire quelques exercices de cramponnage : descente et remontée d'une pente raide, assuré, avec crampons et piolet.

Le refuge du Couvercle devant les aiguilles de Chamonix
Après le glacier, place à la moraine puis à une zone de gros blocs avant un nouveau passage avec des échelles. A côté, les échelles descendues le matin ressembleraient presque à des escalators. Encore un peu de marche pour finir et arriver au refuge du couvercle, qui doit son nom à l'énorme rocher qui abrite l'ancien bâtiment, et nous pouvons nous reposer un peu. Dernier effort de la journée, nous partons repérer le chemin jusqu'au départ de la voie pour ne pas nous perdre la nuit prochaine, et en profitons pour déposer du matériel. De retour au refuge, nous croisons un groupe de moines alpinistes, sans doute venus en pèlerinage au pied de leur aiguille. Il est alors l'heure de préparer ses affaires pour le lendemain, de dîner puis de se mettre au lit.

Ascension de l'Aiguille du Moine par l'arête Sud

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Les voies de l'Aiguille du Moine (image de camptocamp.org)

Nous partons du refuge le vendredi matin à 5 heures, la frontale au casque. Nous récupérons le matériel, nous nous encordons, chaussons les crampons et commençons à monter à travers le glacier. Nous franchissons la rimaye (la crevasse située entre la paroi rocheuse et le haut du glacier) sur un pont de neige et commençons l'ascension. Pas évident d'escalader avec des crampons ! Les frottements des pointes sur la pierre produisent des étincelles dans la nuit toujours noire. Nous nous délestons des crampons et des chaussures d'alpinisme un peu plus haut à la faveur d'une "terrasse" et poursuivons l'ascension en chaussons, en corde tendue ou avec des relais selon les passages. Globalement, c'est un peu plus facile que l'arête des Papillons, mais beaucoup plus long. Il est probable que nous n'arrivions pas à temps au Montenvers le soir pour prendre le dernier train pour Chamonix. Dans ce cas, la journée se finira comme elle avait commencée, à la frontale ! Le jour se lève petit à petit et découvre autour de nous un paysage magnifique : la face nord des Grandes Jorasses, la Dent du Géant, le Mont Blanc, les Aiguilles de Chamonix, et en-bas, la Mer de Glace. Nous parvenons finalement au sommet en même temps qu'une cordée venue par la voie normale. C'est cette voie que nous emprunterons pour la descente, qui sera presque aussi longue que la montée. Descente en corde tendue puis deux rappels pour finir. De retour à 14 heures au refuge, nous avons bon espoir d'arriver à temps pour le dernier train. Et nous l'aurons, après une descente interminable et des échelles escaladées à bout de force.

C'en est fini de cette semaine d'alpinisme. Il va vraiment falloir que je me mette régulièrement à l'escalade pour pouvoir progresser. Mais pour l'instant, c'est vers les Andes que mes pensées s'envolent...

Au sommet de l'Aiguille du Moine
Mont Blanc, aiguilles de Chamonix et Mer de Glace
Rappel dans la descente de l'Aiguille du Moine
Retour sur la Mer de Glace