Nous volons maintenant vers le Nord, en franchissant sans le savoir le cercle polaire arctique. Par le hublot nous contemplons la côte norvégienne entièrement enneigée. Des fjords zigzaguent entre les montagnes et se jettent dans la mer au milieu d'un archipel d'îles glacées.

Une fois à terre, nous constatons que le prix déjà élevé de la navette pour se rendre en ville a presque doublé par rapport à celui indiqué dans le guide (qui date de 2011). On se croirait en Argentine ! Le bon plan consiste ici à sortir de l'aéroport et à marcher 3 minutes jusqu'à la route où passent les bus "normaux", suffisamment chers comme ça. Mais le plus impressionnant reste à voir ces bus rouler sur des routes enneigées, monter et descendre de fortes pentes comme si la chaussée n'était pas recouverte d'une couche de glace et de neige !

Avec 67 000 habitants, Tromsø est de loin la plus grande ville du nord de la Norvège. La plus grande partie de cette citée très animée est située sur l'île de Tromsøya à 400 km au nord du cercle polaire. Elle est reliée par des ponts, d'un côté au continent et de l'autre à l'île de Kvaløya, et entourée de montagnes. Tromsø a gagné son surnom de "Porte de l'Arctique" au début du XXème siècle, en servant de point de départ à de nombreuses expéditions polaires.

Après un petit tour à l'office du tourisme, nous traversons le pont jusqu'à la Cathédrale Arctique, située sur le continent. Cette église moderne (construite en 1965) est parfois surnommée l'opéra de Norvège en raison de sa ressemblance avec l'opéra de Sydney. De retour au centre-ville, nous passons cette fois par la vraie cathédrale de Tromsø, qui est l'unique cathédrale de Norvège en bois. Le Soleil est désormais couché et il est temps pour nous d'aller nous reposer et de nous cuisiner quelquechose. La journée a en effet été longue, et nous voulons être en forme pour toute à l'heure, car ce soir, nous partons à la chasse aux aurores boréales !

Pour mettre toutes les chances de son côté pour voir des aurores boréales, mieux vaut s'éloigner de toute pollution lumineuse, et donc de la ville. Ne disposant pas de voiture, et ayant choisi de ne pas participer à l'une des nombreuses excursions en car, nous nous rendons, sur les conseils de l'office du tourisme, vers Kroken, la station de ski alpin de Tromsø. Nous n'avons jamais trouvé le chemin que nous cherchions, mais vers 22 heures, alors que nous faisions une pause après une heure de marche à nous enfoncer jusqu'aux genoux dans la neige, seuls au milieu de nulle part, nous apercevons soudain une légère lueur verte dans le ciel. Celle-ci ressemble à une fumée qui s'échapperait de la montagne, à la verticale. L'intensité lumineuse diminue puis augmente. La forme bouge, s'étire jusqu'à traverser le ciel de part en part. Après quelques dizaines de secondes, l'aurore disparait, pour laisser la place à d'autres ! Les aurores apparaissent de tous les côtés, nous ne savons plus où donner de la tête. Pour notre premier soir, nous sommes gâtés. Et puis progressivement, elles s'éteignent une à une, le spectacle est terminé. Il ne nous reste alors plus qu'à rebrousser chemin et rentrer nous coucher des aurores plein la tête.

Le lendemain, mauvaise surprise pour louer des raquettes. Alors que nous étions passé la veille à la boutique pour nous renseigner et que tout était réglé, on nous annonce qu'il n'y a pas de raquettes disponibles. Après avoir perdu pas mal de temps, nous partons finalement comme prévu, mais sans raquette, vers Kvaløya (qui signifie en Norvégien "l'île aux baleines"). Nous descendons du bus juste après le pont, et remontons la pente, d'abord en traversant un quartier résidentiel, puis un bois pour finalement nous retrouver au milieu d'un désert blanc. Les raquettes nous auraient alors bien servi. Tant pis, nous réussissons tout de même à avancer et faisons une boucle pour revenir jusqu'à l'arrêt de bus. Nous descendons alors face au bras de mer, à l'île de Tromsø et aux montagnes situées juste derrière. Nous croisons quelques enfants rentrant de l'école en kicksled. Cette trottinette des neiges remplace le vélo ici en hiver, et tout le monde l'utilise, des écoliers aux grand-mères.

Nous visitons ensuite Polaria, un musée dont l'attraction principale est un bassin avec des phoques. Un tunnel en verre traverse le bassin, ce qui permet de les observer également sous l'eau. Puis, comme la veille, nous partons nous restaurer et nous préparer à l'hôtel pour notre deuxième soir à Tromsø. Bien que nos attentes aient été comblées hier, nous comptons bien revoir des aurores dès cette nuit ! Et rebelote, ce soir encore nous avons droit à un festival d'aurores boréales. Ce seront nos dernière aurores à Tromsø puisque nous quittons la ville le lendemain pour aller toujours plus au nord.

Avant d'embarquer à bord du MS Nordnorge, nous réussissons enfin à louer des raquettes et partons nous promener sur le continent. Nous nous aventurons au milieu d'une forêt de bouleaux et prenons un peu de hauteur pour contempler la ville. Ainsi s'achève notre séjour à Tromsø. Nous avons tous les deux adoré cette ville du bout du monde, entre mer et montagnes, avec ses maisons si jolies et une région dont nous ne pouvons que soupçonner la beauté faute d'avoir eu plus de temps pour l'explorer. Les Alpes de Lyngen par exemple, situés un peu plus loin, nous donnent une bonne raison de revenir passer du temps ici. Pour ma part, je crois que je pourrais très bien habiter à Tromsø, malgré l'isolement et la nuit polaire. La ville est suffisamment grande pour fournir tout le nécessaire, et il existe un million de possibilités de profiter du cadre exceptionnel qui l'entoure. Bref, notre coup de cœur du voyage !